Ils illustrent ce n°5
Dernière mise à jour : 26 août

Le fil rouge pour illustrer ce numéro : la photographie.
Trois photographes nous font découvrir leur regard sur le monde : Gérard Ouldbabali, Gilles Mendes et Hervé Laurent.

Gérard Ouldbabali
La couleur, l’ombre et la lumière, le noir et le blanc. La composition, la matière, le mouvement, mais aussi l’activité humaine, la rue, les concerts, le portrait... Voilà ce qui guide le parcours photographique de Gérard Ouldbabaali depuis plus de 50 ans.
Il cherche à mettre en résonance des images dans une perspective humaniste et sociale, éthique et esthétique dans le but de provoquer une interaction avec le spectateur afin de faire émerger des souvenirs, des sensations, des émotions…
Projections, associations, inconscient, méditation, mais aussi crudité de la matière, des situations, rappel de la réalité, celle du passage du temps et de la fugacité de l’instant. Objets, corps, lieux, l’image fixe le temps qui fera ensuite, imperceptiblement, inexorablement et esthétiquement, son office sur le réel.
Ce cheminement l’a conduit à développer plusieurs thématiques graphiques et émotionnelles qu’il explore au fil de ses rencontres et voyages, que ce soit avec des personnes, des lieux, des espaces plus ou moins marqués, plus ou moins « habités ».
Regarder ce qui l’entoure en découpant l’espace est ainsi devenu une manière personnelle de voir le monde : le cadre photographique délimite le regard. Gérard s’est plus longtemps intéressé aux fragments, au cadre qui, en délimitant un espace construit, conduit le spectateur, non pas vers un sujet, mais dans une déambulation, dans des images favorisant des interprétations qui lui sont personnelles, voire intimes.
Né en 1951 à Paris, Gérard Ouldbabaali vit et travaille aujourd’hui à Bordeaux. Ses travaux ont fait l’objet de nombreuses expositions. Depuis 3 ans, il travaille essentiellement sur des projets en Lituanie, notamment sur le thème « Border-Line » ou « le Calme avant la Tempête ».

Gilles Mendes
Informaticien, passé brièvement par le journalisme « qui l’a mis sérieusement à la photo », Gilles Mendes est un passionné qui touche à tout et n’entre dans aucune case. Une sorte de geek exalté et curieux du monde.
Facilement émerveillé par « la beauté qui nous entoure », en balade avec son chien Orion ou en kayak de mer qu’il pratique assidûment notamment dans la Manche, il cherche à « capturer les instants de grâce ou cocasses » à travers la photographie, dans le but de les restituer et de partager l’émotion qu’ils suscitent chez lui.
Avec pour principal terrain de jeu sa contrée d’adoption du nord Cotentin, il bénéficie d’une diversité de paysages assez exceptionnelle, offrant de nombreuses sources d’inspiration rapidement accessibles.
Il décrit son univers photographique comme « à son image », à savoir limité par sa seule curiosité, et ses « envies du moment ». Ce qui le transcende, c’est avant tout la lumière. Les jeux auxquels elle peut se prêter à travers les nuages, la brume, sur l’eau, la mer, les massifs dunaires, les forêts, ou au travers de couleurs et de contrastes d’une vivacité parfois saisissante, émouvante, sous un ciel orageux ou au coucher du soleil, miracle permanent. Le sable à peine immergé, les mares ou flaques d’eau deviennent autant de miroirs qui font descendre les nuages sur terre ou renversent les situations…
C’est aussi la lumière qui traverse le vide et les ténèbres : Gilles s’intéresse à (ou « bidouille » comme il tient à le préciser) l’astrophotographie. Une occasion de « traverser une frontière » comme il l’explique, « de voyager dans le temps et l’espace » et de se laisser aller au « vertige de la sensation d’infini » dans un sentiment de quiétude et de paix.
Des paysages en plan large, voire très large, ou en altitude à l’aide d’un drone, Gilles aime prendre du recul et envisager chaque chose dans son élément, son contexte mais en changeant d’échelle et de point de vue. Les vues aériennes permettent un autre regard sur l’environnement qui l’entoure et offrent leurs surprises. Tout comme les nuages éveillent notre imagination pour prendre des formes tantôt animales, humaines, allégoriques ou fantastiques, les dessins formés par des réseaux de sentiers dans les dunes se transfigurent. Il aime aussi la « poésie mathématique » des textures sur le sable à marée basse, dessinées par les vagues, le vent et les cours d’eau, ou de l’écume bouillonnante qui déferle sur la plage...
En écho à son goût pour le cosmos, une fois redescendu sur le plancher des vaches, ventre à terre et avec un objectif macro, Gilles développe une fascination pour l’infiniment petit. Il observe et capte les « bestioles », les fleurs, les plantes, les mousses ou les pierres, pour en montrer la beauté vivante et la complexité des textures. Tous ces détails invisibles depuis notre hauteur de géant et indifférents si on n’y prête attention l’inspirent. La macrophotographie est pour lui un moyen de plonger à la découverte d’un autre univers, le monde du tout petit, et d'une certaine façon de se connecter avec la Nature, au plus près, pour contempler avec une vision plus « complète » la sophistication d’une vie foisonnante, que l’on aurait vite tendance à considérer comme inanimée ou insignifiante voire nuisible.
Avec un imaginaire poétique et foisonnant, une curiosité sensible et une profonde attention aux milieux et éléments qui l'entourent, Gilles (Mendes) nous emmène dans ces univers avec un regard qui transcende et métamorphose le visible, pour produire un questionnement nécessaire sur la nature et le monde.

Hervé Laurent
Vous avez pu découvrir ses “collages numériques” dans le n°4 dédié à La vérité (voir "La démarche artistique d'Hervé Laurent). Hervé Laurent est également passionné de photographie. Voyageur curieux et l'œil toujours aux aguets, il capte la beauté et le sens du monde…
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